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FAMILIAS / FAMILLES

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PRÓLOGO / PROLOGUE

Les Provinces basques du Labourd, de la Basse Navarre et de la Soule ont de tout temps été des terres d'émigration en raison de l'exiguité des terres propres à l'agriculture et de la poussée démographique. Le droit coutumier en matière successorale donnait la propriètè des biens à l'aîné des enfants, qu'il soit garçon ou fille, de sorte que les cadets n'avaient d'autres ressources que de se marier avec un héritier ou une héritière, de se faire marin, prêtre ou religieuse, ou alors prendre le chemin de l'exil. Dans l’esprit du basque cependant l’exil ne signifiait jamais un voyage sans retour, il entretenait toujours l’espoir de revenir au pays natal.

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, le continent hispano-américain lui était fermé, car l’Espagne réservait jalousement cet accès à ses ressortissants. La péninsule ibérique, en raison justement de l’émigration en masse de ses habitants vers “El Dorado”, manquait terriblement de main d’oeuvre. Le cadet y allait donc pour des saisons plus ou moins longues, le plus souvent comme maçon ou pour tuilier. Il partait aussi volontiers pour le Médoc à l’époque où se bâtissaient de nombreux châteaux, reflets du succès inouï que connaissait alors le vin de Bordeaux.

Lorsque les Etats de l’Amérique Latine conquirent leur indépendance, ils pratiquèrent très vite une politique visant à favoriser l’immigration européenne, et en premier lieu celle des basques. Ceux-ci étaient d’autant plus tentés par l’aventure que leur pays ne s’était pas encore relevé des tourmentes de la Révolution et de l’Empire, des perturbations causées par les guerres carlistes, de la crise que subissaient les marins à la suite de la conquête du golfe de Saint Laurent par les anglais.

Parmi les quatre pays qui accueillirent un grand nombre de ces émigrés, le Mexique, l’Uruguay, l´Argentine et le Chili, ce dernier leur était particulièrement prometteur. Ils étaient attirés par la región australe, située entre le río Maule et Chiloé, qui leur rappelait par la beauté de son paysage, la douceur de son climat, la chère patrie qu’ils venaient de quitter. Et pourtant le Chili n’avait pas de port sur l’Atlantique et le canal de Panama n’existait pas. Y aller constituait une épreuve terrible. Songeons aux difficultés qui attendaient les voyageurs arrivant à Buenos Aires et partant en caravanes de chevaux et de mulets à travers la Pampa jusqu’à Mendoza et passant la Cordillère à plus de 4000 mètres d’altitude par des chemins épouvantables. La voie maritime n’était pas moins périlleuse. On rapporte que les frères Jean Pierre et Jean Baptiste Etcheverry, originaires de Lantabat en Basse Navarre, s’embarquèrent à Bordeaux en 1872 et mirent 6 mois pour arriver à Valparaíso après avoir fait naufrage au Cap Horn !

Ces véritables pionniers s’étaient établis dans un pays encore mal pacifié, parcouru par des bandes de détrousseurs et de voleurs de bétail. Leur vie devait être très difficile car, outre ces dangers, ils manquaient le plus souvent de capitaux suffisants pour gérer correctement leurs maisons commerciales et industrielles ou leurs propriétés agricoles. Nous aurions bien aimé connaìtre le detail de leur vies aventureuses! Malheureusement, ces hommes, qui pourtant avaient un bon niveau culturel, ne nous ont pas laissé de récits. Ils n’ont pas écrit non plus leurs mémoires. Il ne nous reste d’eux que de précieuses et rares lettres, qui nous permettent d’avoir une idée de leur mode d’existence et de la nature de leurs préoccupations. Il ne faut pas s’attendre de leur part à de belles descriptions de la nature qui les environnait, non, leurs soucis était plus prosaïques: l’état des récoltes, le prix des matières premières, les fluctuations du change, et s’ils admiraient le spectacle d’une vallée verdoyante c’était en considération des rendements que sa mise en culture pouvait donner. Ils étaient pour la plupart issus du milieu agricole, c’est pourquoi certains d’entre eux se mettaient à exploiter des “fundos” dont la superficie n’avait aucune mesure avec celle de la ferme paternelle que leurs aînés continuaient de gérer. La plupart se dédiaient au commerce. Ils achetaient aux fermiers le produit de leurs récoltes et leur fournissaient tout ce dont ils avaient besoin, depuis les engrais jusqu’à la quincaillerie et aux matériels de toutes sortes. D´autres enfin, dont les parents au Pays Basque avaient une tannerie artisanale, créeaient leurs propres entreprises.

Lorsque le succès venait enfin couronner leurs efforts, ils songeaient à developer leurs affaires en faisant venir des jeunes gens de leur famille, de leur village, ou d’autres encore sur lesquels ils avaient recueilli de bonnes recommandations. C’est ainsi que l’immigration des basques faisait boule de neige, dans un esprit de solidarité au sein d’une communauté où tout le monde se connaissait. Dès lors, pouvant temporairement confier la gestion de la société en des mains sérieuses, ils entreprenaient leur premier voyage en France, signe éclatant d’une réussite. Ce voyage n’avait le plus souvent pour but que de trouver femme, dans délai assez court, parmi les bonnes familles terriennes du pays. Ces “américains”, lorsqu’ils débarquaient dans leur village, aureolés du prestige que confère la réussite, faisaient l’objet de toutes les attentions de la part des parents qui avaient de nombreuses filles à marier. Il faut croire que celles-ci possédaient aussi l’esprit pionnier, car, à peine sorties de leur couvent, elles n’hésitaient souvent pas à s’embarquer vers l´inconnu en compagnie de maris qu’elles connaissaientà peine. Il existe des maisons dont toutes les filles choisirent ce parti.

A la fin du XIXème siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, le Chili traversa une période de stabilité. Elle fut mise à profit par beaucoup de basques pour réaliser un rêve depuis longtemps caressé: le retour définitif au Pays. Ils le désiraient pour eux-mèmes, mais aussi pour leurs enfants a qui ils souhaitaient donner une éducation française. Après avoir cédé ou mis un gérant à la tête de leurs entreprises, ils s’embarquaient, encore jeunes, avec la ferme intention de ne pas rester inactifs.

A cette époque pourtant pas si éloignée, le Pays Basque était resté très traditionnel. Les rapports sociaux, l’habitat, les méthodes de culture, n’avaient pratiquement pas changé depuis des siècles. Le retour des “américains” fit certainement l’effet d’un choc. Au cours de leur séjour au Chili, ils s’etaient frottés à d’autres techniques en matière d’exploitation agricole, de commerce, de gestion industrielle, de pratique bancaire. Certains reprirent en mains la propriété familale, en l’agrandissant, se dédièrent à la culture de la vigne en introduisant des cépages bordelais, d’autres créèrent des entreprises, notamment des tanneries. Ils étonnèrent leurs compatriotes par un niveau de vie parfois ostentatoire: belles voitures, somptueuses demeures, saisons dans les villes d’eaux. Ils étaient revenus avec des idées liberales et trouvaient que l’emprise de l’Eglise sur les consciences était trop marquée. Ils se portèrent donc candidats aux elections et le respect qu’ils inspiraient leur permirent souvent de renverser le pouvoir jusqu’alors incontesté de “caciques” locaux.

Ils n'avaient pu rentrer que grâce à une brève période de stabilité monétaire et d'accalmie politique. Ils laissèrent derrière eux de nombreux descendants qui ne purent réaliser le mème accomplissement et se fixèrent sur cette terre lointaine pour en faire leur véritable patrie. Bien que très fiers d'être chiliens, ces petits fils de pionniers restent passionnèment intéressés par la connaissance de leurs origines. Beaucoup d'entre eux eurent recours à la science généalogique de notre regretté ami Albert Chabagno pour situer le village, la maison d'où était parti leur aïeul. Ils retrouveront très amplifiés ces précieux renseignements dans la vaste fresque conçue, au terme d'un travail colossal, et de patientes enquêtes par Patricio Legarraga à qui je rends un hommage très admiratif. Cette oeuvre aura aussi le mérite de susciter parmi les lecteurs de France et d'Amérique le désir de renouer des liens depuis longtemps distendus avec des cousins dont ils ignoraient jusqu'ici l'existence.

Michel DUHART

Ustaritz, le 27 mars 2005

© Patricio LEGARRAGA, Santiago de Chile. E-mail: patricio.legarraga@gmail.com. Registro Propiedad Intelectual 146.102.